Résultats des financements 2015

Sept bourses doctorales ont été allouées en 2015 :

Le transfert de technologie du Brésil vers le Mozambique pour la fabrication locale d’antirétroviraux

Directeur de thèse : Maurice Cassier
Laboratoire d’accueil : Centre de recherche, médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3)
Axe thématique de recherche : 1 – Les processus d’innovation en société

Candidat : Brossard Antonielli Alila, diplômé d’un Master en Sciences de la Société, spécialité Population et Développement de l’Université Paris Descartes (Année universitaire 2012-2013)

Durée du financement : 3 ans

Présentation de la recherche : Ce projet de recherche particulièrement novateur porte sur la politique de transfert de technologie mis en œuvre entre le Brésil et le Mozambique pour la production locale de médicaments contre le VIH/sida. L’originalité du projet tient à la conjugaison de questions liées à la diplomatie, à la santé publique internationale et aux conditions concrètes de circulation des savoirs et des technologies. La candidate s’intéressera particulièrement aux négociations et à l’établissement des accords de coopération entre le Brésil et le Mozambique, aux opérations concrètes de transfert de technologie impliquant la Fondation Oswaldo Cruz et l’usine mozambicaine, à la politique d’approvisionnement en médicaments antirétroviraux du Mozambique qui reçoit jusqu’ici l’essentiel de ces traitements de programmes internationaux, notamment du PEPFAR des États-Unis.

Son approche de la création de cette nouvelle usine pharmaceutique au Mozambique, grâce à l’assistance es chimistes brésiliens, déborde la notion “transfert de technologie” dès lors qu’il s’agit d’implanter une usine avec des lignes industrielles nouvelles, y compris pour les techniciens brésiliens, et que les procédés de fabrication devront être adaptés aux conditions locales. Il s’agit également de créer un nouvel environnement réglementaire au Mozambique pour ce qui concerne la certification des médicaments. Enfin, cette usine ambitionne de demander une pré-qualification de ses médicaments auprès de l’OMS pour participer aux marchés internationaux des génériques. Or aucune firme brésilienne n’a pour l’heure sollicité de pré-qualification OMS. Cette étude, réalisée sur les deux sites, le Brésil et le Mozambique, devrait nous apporter des éléments nouveaux sur les processus de circulation et de création locale de technologie.

 

Rendre visible les risques d’exposition professionnelle à des cancérogènes en Seine-Saint-Denis : une géographie d’un risque sanitaire hétérogène dans le temps et dans l’espace

Directeurs de thèse : Alexis Sierra & Benjamin Lysaniuk
Laboratoire d’accueil : Pôle de Recherche pour l’Organisation et la Diffusion de l’Information Géographique (PRODIG)
Axe thématique de recherche : 1 – Les processus d’innovation en société

Candidat : Croise Axelle, diplômée d’un Master 2 Ingénierie des risques à l’université Paris V Descartes. (Année universitaire 2014-2015)

Durée du financement : 3 ans

Présentation de la recherche : Une exposition professionnelle à un cancérogène peut engendrer – à une échelle pluri-décennale – une pathologie cancéreuse. Elle doit alors être considérée comme un « événement sentinelle » (Rutstein et al., 1983) permettant de mettre en visibilité des conditions de travail défavorables à la santé des travailleurs. Cependant, les cancers d’origine professionnelle sont frappés par une « triple invisibilité » (Thébaud-Mony, 2008). L’ignorance toxique s’explique par le nombre restreint d’études – dominées par des cancérogènes « phares » (amiante, plomb) – sur les produits toxiques utilisés dans le cadre professionnel. L’invisibilité physique des cancérogènes se fonde sur l’imperceptibilité sensorielle des produits et sur le temps de latence parfois très long entre l’exposition à un cancérogène et l’apparition de la maladie. Enfin, la sous-estimation des cancers professionnels (Diricq, 2011) et le « paradigme du doute » (Thébaud-Mony, 2014) entretenu par les industriels sur la dangerosité des produits, procédés, etc. participent à leur invisibilité sociale.
Ces expositions seront étudiées dans le département de la Seine-Saint-Denis. Deux raisons expliquent ce choix ; le département a été particulièrement industrialisé pendant les révolutions industrielles par des industries polluantes et donc potentiellement exposantes et de nombreuses données sur les questions de santé au travail ont été produites sur ce territoire. Même si le tissu industriel du département fini par s’étioler à la fin des années 1970, les stigmates de cette industrialisation perdurent : emprise des bâtiments au sol, présence de friches industrielles, pollution des sols etc. Ces entreprises doivent alors être considérées comme des « lieux d’accumulation des risques » (November, 2012) cancérogènes (poly-exposition), ou plus globalement professionnels et environnementaux. Ils façonnent le paysage et le transforment en un territoire à risques.

Cette thèse contribuerait à rompre la « triple invisibilité » des cancers d’origine professionnelle à travers deux objectifs principaux :
1- Répertorier les lieux d’expositions professionnelles passés ou présents par cancérogènes en Seine-Saint-Denis. Cela permettrait d’avoir une représentation concrète du territoire touché par ces expositions et de mettre en lumière leur homogénéité ou hétérogénéité spatiale et temporelle.
2- Identifier des possibles agrégats spatiaux (clusters) de lieux d’expositions. Peuvent-ils rompre l’invisibilité de ces lieux en marquant plus profondément le paysage et/ou en constituant un contexte générateur de mobilisations collectives ?

 

Un nouveau modèle de gouvernance dans les territoires opprimés par la criminalité organisée : les biens communs face aux mafias

Directeur de thèse : Paolo Napoli
Laboratoire d’accueil : Centre d’Etudes des Normes Juridiques « Yan Thomas » (CENJ)
Axe thématique de recherche : 1 – Les processus d’innovation en société

Candidat : Pecile Veronica, diplômée d’un Master 2 Affaires internationales de Sciences Po – Paris (Année universitaire 2012-2013).

Durée du financement : 3 ans

Présentation de la recherche : La crise économique en Europe conduit l’État à se retirer progressivement de son rôle de principal délivreur de services aux citoyens, laissant la place à des processus de privatisation. Dans cette transition, une troisième dimension est en train d’émerger au-delà du binaire entre contrôle public ou privé sur les ressources : de plus en plus, les citoyens occupent des espaces en affirmant qu’ils sont des «biens communs» que les gens devraient gérer d’une façon autonome. Il est intéressant de noter que ces réclamations concernent également des régions où la participation collective est traditionnellement considérée comme faible, notamment la Sicile. Cette recherche veut se concentrer sur la diffusion des pratiques de biens communs dans un contexte de manque de confiance dans la sphère publique, où au même temps une organisation mafieuse a longtemps été présente. Ici, les biens communs se développent à la fois comme un antidote à la faiblesse étatique et comme une solution de gouvernance antagoniste au contrôle territorial mafieux.
La dimension émergente du «commun» a récemment trouvé un espace constitutionnel dans des pays extraeuropéens à la suite d’importantes mobilisations sociales : la constitution équatorienne 2008 et la constitution bolivienne du 2009, nées après des mouvements indigènes contre les tentatives gouvernementales de privatisation, sont les modèles plus sophistiqués intégrant une notion de biens communs. Bien que le constitutionnalisme européen ne contient une telle normative, certaines dispositions constitutionnelles pourraient être une base légale adéquate pour les biens communs, si on les interprète extensivement : la Constitution italienne prévoit que la loi protège la propriété privée tant qu’elle est “accessible à tous” et sert une «fonction sociale» (Art. 42), et que la loi autorise des « communautés de travailleurs ou d’utilisateurs » à gérer les « services publics essentiels » pour des raisons de « utilité générale » (Art. 43). En 2011, ces dispositions ont été utilisées par le mouvement italien pour les biens communs afin de légitimer sa position contre la privatisation de l’eau, ce qui a été crucial pour déterminer le succès du référendum sur ce sujet. Cette expérience a inspiré une vague de combats nationaux contre les privatisations, comme l’expérience romaine du Théâtre Valle (où les occupants ont développé un modèle d’auto-gouvernance selon lequel les décisions sont prises par consensus et pas à la majorité) ou les luttes dans la vallée de Suse (où la population conteste la construction d’un tunnel à grande vitesse avec le slogan « la nature est un bien commun »).

La recherche veut répondre aux questions de recherche suivantes :

  • Les mouvements pour les biens communs ont-ils le potentiel d’agir comme une nouvelle gouvernance « constituante », changeant ainsi la tradition du constitutionnalisme européen ?
  • Qu’est-ce qui se passe dans un territoire précédemment opprimé par une présence mafieuse lorsque l’organisation criminelle décide de le quitter partiellement ? En particulier, ce territoire reste-t-il à l’abandon ou y a t-il de l’espace pour des nouvelles pratiques citoyennes de résistance civile et de renaissance socio-économique, notamment les biens communs ?
  • Est-il possible de comparer les revendications pour les biens communs qui ont lieu dans l’Europe méditerranéenne ?
  • Qui participe aux pratiques des biens communs en Sicile et pour quelles raisons ?

La première question de recherche est théorique et encadre le problème dans le débat sur la transformation
du pouvoir étatique, en introduisant la question de recherche principale. La troisième question s’insère dans
une perspective comparative et la quatrième introduit une analyse empirique du cas d’étude sicilien.

 

Les innovations communautaires et urbaines dans l’habitat participatif durable

Directeurs de thèse : Alexandre Mallard
Laboratoire d’accueil : Centre de Sociologie de l’Innovation (CSI)
Axe thématique de recherche : 1 – Les processus d’innovation en société

Candidat : Perault Emilie, diplômée d’un Master 2 Recherche en Sociologie (Université Lyon II) (Années universitaires 2013-2015)

Durée du financement : 3 ans

Présentation de la recherche : Le but de cette thèse sera de s’intéresser aux savoirs citoyens et aux innovations sociales et techniques dans les collectifs participatifs d’habitat durable en milieu urbain, afin de voir comment, à travers le cadre bâti, ces microcosmes expérimentent de nouveaux modes de vie et créent de nouveaux champs du possible face aux enjeux de la crise écologique et de la ville durable. Ainsi cette thèse s’inscrira dans l’axe 1 « Processus d’innovation en société » du DIM IS2-IT puisque ces collectifs, par des innovations sociales et « responsables » se réapproprient la gouvernance de la transition vers la ville durable.

 

L’invention des Relations Publiques : la mobilisation des sciences humaines pour l’influence

Directeur de thèse : Yves Cohen
Laboratoire d’accueil : Centre de Recherche Historique (CRH)
Axe thématique de recherche : 1 – Les processus d’innovation en société ; 2 – Transformation des régimes et institutions de production de connaissances

Candidat : Souza de Cursi Hugo, diplômé d’un Master 2 Recherche en histoire de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)

Durée du financement : 3 ans

Présentation de la recherche : L’été 1923 voit un nouveau métier fleurir à New York : conseiller en relations publiques. Son créateur, Edward L. Bernays, tient depuis 1919 un cabinet de publicité qu’il a ouvert dans le prolongement de son travail au sein du ministère de la propagande étasunien : la Commission on Public Information (CPI). Les relations publiques (« Public Relations », PR) se veulent un métier spécialisé dans l’influence et l’analyse de « l’opinion publique ». Le projet de thèse se propose de suivre à travers quatre cas – représentant une séquence historique discontinue et des échelles différentes – comment le métier des Publics Relations s’impose. Il s’agira de suivre les différents membres du cabinet, les alliés mobilisés, les réactions et retours d’expérience, les discussions entre scientifiques et conseillers en relations publiques, ainsi que l’interaction entre commanditaires et exécuteurs des projets. La profession de PR, connectée à la publicité, au journalisme et plus généralement à la communication, est une pratique majeure du XXème et XXIème siècle, pourtant son histoire reste encore très partielle. Nous nous proposons ainsi de remédier à ces lacunes.

 

Redefining the relationship between the author and the public domain: experimentation with creative commons licensing in photography

Directeur de thèse : Benjamin Coriat
Laboratoire d’accueil : Centre d’Économie de Paris Nord (CEPN)
Axe thématique de recherche : 2 – Transformation des régimes et institutions de production de connaissances

Candidat : Westerveld Barbara, diplômée du Master EPOG Erasmus Mundus, “Economic Policies in the Age of Globalisation” – Spécialisation : Policies of Knowledge and Innovation(Année universitaire 2013-2015)

Durée du financement : 3 ans

Présentation de la recherche : Digital technology has drastically transformed the photography industry by introducing photographic files that can be easily reproduced and instantly shared through the Internet. Copyright plays an important role as the logic of organization in most cultural industries, including photography. This text presents a research proposal to study the potential of new non-exclusive intellectual property rights strategies in the photography industry. The proposal first briefly discusses the theoretical foundations of intellectual property rights as they have been developed by the economics of knowledge. Then it will discuss the emerging context of increasing copyright protection at the cost of the public domain, while introducing the theoretical concept of knowledge commons. A presentation of open-content licensing strategies will be given and then applied to the photography industry. The research would investigate what kind of users constitute the community of the photo sharing websites (such as Flickr) that allow for non-exclusive licensing schemes and what kind of motivations these users have to choose an experimental copyright strategy within the space between all rights reserved and no rights reserved.

The proposed research question is: Can non-exclusive licensing via photo sharing websites constitute a new logic of creative productivity in the photography industry?

Bourse Air Climat :

Creating a new kind of urban commons: knowledge cities and sustainable development in the wake of global climate change

Directeur de thèse : Benjamin Coriat
Laboratoire d’accueil : Centre d’Économie de Paris Nord (CEPN)
Axe thématique de recherche : 1 – Les processus d’innovation en société

Candidat : Guttmann Alexandre, diplômé du Master EPOG Erasmus Mundus, “Economic Policies in the Age of Globalisation” (Année universitaire 2013-2015)

Durée du financement : 3 ans

Présentation de la recherche : Le projet de thèse porte sur la nécessité de procéder à des changements fondamentaux des comportements économiques pour affronter la crise nouvelle et continue amenée par le changement climatique, tout en faisant face aux vagues d’urbanisation rapide. Les nouvelle politiques supposent le passage d’un système dominé par les actionnaires à un système basé sur des intervenants concernés par les défis liés aux effets du changement climatique dans les villes. La thèse entend contribuer à proposer des dispositifs permettant de mieux répondre aux besoins de parties prenantes dans le contexte d’un « développement urbain durable. » Ces dispositifs entendent mobiliser des instruments innovants de calcul économique (à partir de l’analyse coût/bénéfice) pour les utiliser dans la prévention des externalités négatives. Il s’agit d’élaborer des outils de calcul et d’évaluation prenant en compte la valeur « sociale » et l’utilité sociale des biens et des services, aux fins d’inciter à la coopération, à la diffusion des idées et des solutions, et d’encourager les interactions paire à paire (“peer-to-peer”) pour
l’élaboration de modalités innovantes d’usage et d’affection des ressources financières à travers les réseaux construits au cours des interactions. Plus généralement la thèse dans sa partie théorique s’efforcera aussi d’identifier de nouveaux types de modèles économiques basés non sur la rentabilité de court terme mais sur des bénéfices partagés à plus long terme par des communautés engagés dans de opérations de lutte contre le changement climatique.

D’un point de vue plus appliqué, le projet de doctorat mettra en avant un modèle de Plateforme pour le Développement Urbain (PDU), bâti sur un mode open-source et utilisé pour encourager les efforts de collaboration, obtenir l’engagement active de la communauté et des experts, des ONG, des entreprises qui souhaitent s’engager dans ces réseaux, ainsi bien sur que les autorités municipales. Forum de collecte d’information et de discussion librement
accessible, la Plate-forme pour le Développement Urbain pourra être utilisée pour lancer des projets de développement urbain qui fournissent des avantages à tous les acteurs économiques. La thèse entend parvenir à proposer des solutions qui ont le potentiel de mettre en place les politiques économiques capables d’encourager la programmation économique de long terme, une croissance durable ainsi que des mécanismes techniques et financiers
permettant d’affronter les défis soulevés par le changement climatique.
Pour cela, outre les recherches sur les modalités de prise en compte des externalités negatives – à travers d’autres  outils d’évaluation et de calcul que ceux qui prevalent ajourd’hui – la thèse se concentrera sur l’identification des acteurs concernés, ainsi que sur les types de projets dans lesquelles les différentes communautés sont prêtes à s’engager (e.g. recueil et traitement des eaux de pluie, immeubles à énergie distribuée et positive, projets de rénovation thermiques). De ce point de vue la plate-forme (PDU) que le projet se propose de concevoir sur le plan des concepts se présente comme “un commun de communs” qui doit permettre la conception et la mise en oeuvre de nouveaux modèles économiques d’activité (business models) par différentes communautés.