Axel Lagnau – Doctorant allocataire depuis 2012

Présentation de la recherche :

Construction sociale de l’innovation et de ses marchés dans un monde digitalisé : le cas de la fabrication additive

 

Depuis la fin des années 1970, les pays d’Europe et d’Amérique du Nord sont particulièrement (quoique inégalement) touchés par le phénomène de désindustrialisation. Les secteurs stratégiques du charbon et de l’acier, chers aux pères fondateurs de l’Europe, ne sont plus au cœur de la production de richesse et du marché de l’emploi des pays développés. Certains reconnaissent dans cette tendance le passage vers une société postindustrielle tournée vers la production de connaissances. Selon ces analyses, le déclin actuel de l’industrie dans les pays développés est comparable à celui de l’agriculture au début du XXe siècle. Il annonce des bouleversements majeurs à l’échelle des techniques, des territoires et des sociétés. Critiquée par les défenseurs d’une économie industrialisée, cette tendance est considérée inéluctable – voire souhaitable – par d’autres acteurs. Sur fond de controverse, le secteur manufacturier traverse une période de transition technologique. La mise au point de matériaux novateurs, la production à l’échelle moléculaire et la volonté de respecter des critères de développement durable offrent les signes d’un monde industriel en pleine recomposition, une transition parfois même qualifiée de « troisième révolution industrielle ».

L’émergence des technologies de fabrication additive (FA) s’inscrit dans ce mouvement. L’aboutissement d’une première vague de recherches a souligné le potentiel de nouveautés et de transformations dont elles sont porteuses. Désormais, les technologies de FA débordent du cadre restreint de l’exploration technoscientifique. Une constellation d’acteurs hétérogènes mobilisent les technologies de FA dans des niches marchandes et non marchandes. Cependant, la FA est encore une innovation « en train de se faire » (Latour, 1989). C’est à travers cet objet de recherche instable que la thèse entend étudier la construction sociale de l’innovation et de ses marchés dans un monde digitalisé (construction  de communautés, cristallisation  des rôles et des positionnements d’acteurs, structuration institutionnelle des marchés et stabilisation de la valeur économique et sociale d’une technologie au stade de l’émergence). Il s’agit de cartographier ces dynamiques et de décrire la construction sociale d’une innovation et de ses marchés à travers le cas d’une technologie de rupture potentiellement porteuse de bouleversements majeurs. Ainsi, le sujet de thèse portera sur les modalités du processus d’innovation en aval de l’exploration technoscientifique, autrement dit, la diffusion et l’exploitation de l’innovation dans un monde digitalisé.

 

Directeur de thèse : Philippe Larédo
Laboratoire d’accueil : Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS)

Contact: axel.lagnau[at]gmail.com